1. CONTADOR PEUT-IL PERDRE LE TOUR?
Si l'on considère que Rinaldo Nocentini et George Hincapie vont s'effacer une fois la lutte pour la victoire finale débutera (espérons-le dès dimanche), Alberto Contador est le leader virtuel de ce Tour de France. Il en est aussi le légitime favori. Le Madrilène est le mieux placé, c'est le meilleur grimpeur du peloton et il est devenu ces derniers mois un rouleur de très haut niveau. A une semaine de l'arrivée, il a donc toutes les cartes en main pour remporter un deuxième Tour de France. Son attaque à Arcalis a prouvé qu'aucun de ses adversaires n'était apte à le suivre quand il accélérait brutalement en montagne. S'il ne commet pas d'erreur, s'il reste calme, Contador doit gagner ce Tour 2009. Attention toutefois: personne n'est plus sous pression que lui depuis le départ et tant qu'il n'aura pas écarté définitivement de sa route son "coéquipier" Lance Armstrong, il ne sera pas tranquille chez Astana.
2. QUE VAUT VRAIMENT ARMSTRONG?
Première certitude, deux semaines après le départ de Monaco, Lance Armstrong est parfaitement dans le coup. 4e du classement général, il n'est qu'à deux secondes d'Alberto Contador. L'Américain a couru à la perfection. Sans inspirer la même peur à ses adversaires qu'au temps de son règne absolu, il continue d'en imposer psychologiquement. A commencer par Contador. Pourtant, le doute subsiste sur ses réelles capacités, pour la simple et bonne raison que les favoris ont refusé jusqu'ici de s'expliquer. L.A. a semblé très facile en montagne, dans les Pyrénées comme dans les Vosges, mais on attend de le voir à l'oeuvre quand la course va s'emballer. Parmi les suiveurs, une majorité tend à penser qu'Armstrong sera parmi les meilleurs dans les Alpes et au Ventoux, mais peut-être un peu juste pour viser une huitième victoire à Paris. Le Top 10 sans problème, le podium, pourquoi pas, mais la victoire, non. Mais avec un tel client, il ne faut jamais jurer de rien. Transcendé par la compétition, Armstrong est capable de tout à la bagarre.
3. QUELLE STRATEGIE POUR LES SCHLECK?
Respectivement 10e à 1'49" et 14e à 2'25", Andy et Frank Schleck n'ont sur le papier pas perdu le Tour mais les 40,5 km du contre-la-montre d'Annecy jouent clairement en leur défaveur. En somme, on peut considérer que pour gagner la Grande Boucle, l'un comme l'autre doivent reprendre en montagne entre 3'30" et 4' à Alberto Contador. Les deux frangins luxembourgeois ont encore quatre étapes à disposition mais, de Verbier au Ventoux, ils devront faire preuve de davantage d'audace que durant la première quinzaine de course. Il est indispensable que l'ainé de la fratrie attaque. Sans doute moins surveillé que son cadet (qui des deux demeure celui qui le plus de chance de l'emporter à Paris), il pourrait bénéficier de davantage de latitude s'il se décidait à attaquer de loin et tabler sur une possible neutralisation de Contador et d'Armstrong pour se faire la belle. En cas d'échec, il pourrait préparer le terrain pour son frère dont les aptitudes de grimpeur sont les seules à pouvoir inquiéter l'épouvantail espagnol à la régulière. Mais pour cela, il faudra passer à l'offensive et ce le plus tôt possible car le temps est compté.
4. EVANS ET SASTRE ONT-ILS DEJA PERDU LE TOUR?
Paradoxalement, Carlos Sastre a sans doute fait le plus dur en atteignant le terme de la 2e semaine sans encombre. Le tenant du titre pointe certes déjà à 2'46" de Contador mais il demeure capable de prendre la course à son compte en troisième semaine. A l'image de sa démonstration de l'an dernier vers l'Alpe d'Huez et de ses convaincantes prestations de Monte Petrano et du Vésuve sur le dernier Giro, il peut mettre le feu aux poudres sur une montée sèche. Au vu de ses lacunes contre-la-montre, il ne pourra toutefois pas se contenter de planter des banderilles mais devra prendre le taureau par les cornes. Seul coureur parmi les favoris à pouvoir reprendre du temps à Contador autour du Lac d'Annecy, Cadel Evans doit néanmoins gommer un débours de 3 minutes sur le Castillan. A priori incapable de faire la différence sur une montée terminale, l'Australien devra donc partir de loin sur la route de Bourg-Saint Maurice ou du Grand-Bornand dont les profils respectifs se prêtent bien davantage aux offensives d'envergure que l'étape de Saint-Girons dans laquelle il avait vainement tenter de sortir de son habituel attentisme.
5. D'OU PEUT VENIR LA SURPRISE?
Malgré sa très bonne prestation de l'an dernier, Christian Vandevelde traverse la course avec sa discrétion coutumière. Ni les médias, ni les favoris ne semblent d'ailleurs lui prêter attention mais l'ancien coéquipier de Lance Armstrong émarge pourtant déjà à une flatteuse 7e place. Sachant que ce coureur expérimenté, gravement accidenté sur les routes du Giro, devrait aller en se bonifiant en 3e semaine, il n'est pas exclu de le voir endosser l'un rôle principaux dans les prochains jours. Chez les plus jeunes, Vicenzo Nibali et Tony Martin peuvent également croire en leur étoile. L'Italien qui s'est spécifiquement préparé pour le tour a fait de la Grande Boucle son objectif de la saison tandis que l'Allemand qui devrait faire parler la poudre du côté d'Annecy n'a peut être pas fini de surprendre. En revanche, nous ne croyons guère pour cette année en Roman Kreuziger qui devrait payer en 3e semaine les efforts d'une longue et éreintante saison débutée en février. Nous n'accordons enfin pas de crédit à Bradley Wiggins qui, malgré sa spectaculaire perte de poids, devrait se voir rappeler ses limites en montagne lorsque les purs grimpeurs sortiront les crocs.